Expedition en Guyane Française

Documentaire photo de l’expédition

Déclaration d’intention:

Parti explorer les terres des guyanes à la fin du 19ème siècle, Crevaux avait – comme ses compères – un objectif ultime. Il voulait trouver l’Eldorado, ce lac mythique rempli d’or dont les amérindiens racontaient sans cesse la légende. Arrivé à Bélèm, fatigué, il écrivit: « nous engagerons le chercheur d’or à ne pas se laisser illusionner par les Indiens qui dans leurs récits fantastiques confondent les paillettes de mica avec l’or. ». Pour autant, le centre des guyanes est réellement devenu le territoire de prédilection des orpailleurs. Il est aussi devenu un Eldorado symbolique pour une multitude de populations diverses: les descendants d’esclaves fugitifs qui y avaient trouvé leur refuge loin des plantations, les amérindiens wayanas qui y vivent depuis des millénaires, les métropolitains qui y trouvent un havre de paix loin du stress des grandes villes, les scientifiques fascinés par ces espaces encore totalement inconnus.
Apparaissant comme des petites iles en pleine forêt vierge, les villages du Haut Maroni et du Haut Jary évoluent dans des réalités à part, des univers poétiques et surréalistes. Ils sont des petits huis clos de mixité culturelle, perdus au coeur d’une nature luxuriante où chacun arrive avec un rêve : celui de trouver un travail, des papiers, de l’or… un paradis oublié.
C’est cet eldorado particulier, loin des images du bien-être occidental que je veux photographier. Ce huis-clos qui évolue de jour en jour, se transforme sous l’effet de la déforestation et de la mondialisation des cultures. Le reportage photo se déclinera en trois facettes, formant un portrait de cette région sous forme de triptyque.

Première facette: un huis clos multiculturel

Dans ses écrits, Crevaux prend les différentes populations qu’ils rencontrent comme sujet de ses recherches scientifiques. Dans la continuité des recherches de ses prédécesseurs, il travaille sur la notion d’’évolution’ en comparant les noirs aux amérindiens à partir d’analyse de comportements et de mesures biologiques (taille du crâne, des muscles, etc). La rigueur de ses notes traduit sa recherche de totale objectivité.
Plus de cent ans après le passage de Crevaux, la démarche photographique choisie pour cette expédition cherche à inverser ce regard. La prise d’image sera totalement subjective avec un sujet qui fixe l’objectif et se sait photographié. Il choisira sa posture et les éléments qui l’entourent dans l’image. Son regard, sa mise en scène témoigneront ainsi de l’image qu’il veut transmettre de lui.
Je veux photographier des temps morts, des instants T d’individualités vivant dans un monde en plein bouleversement. La prise de clichés est, dans cette démarche, l’aboutissement d’une rencontre. Pour moi, il est essentiel que ce travail se fasse en total transparence avec les personnes photographiées.
Les photos seront prises avec un objectif grand angle, avec une profondeur de champs très réduite: l’environnement apparaîtra comme le décors de la mise en scène. Le focus se fera sur le personnage, sur son regard qui parle à l’objectif.

Deuxième Facette: Un monde en pleine métamorphose
En parcourant la Guyane, Crevaux n’a de cesse de décrire un monde naturel hostile, enfer vert presque inhumain, indomptable.
Quand bien même le centre des guyanes reste un des lieux les moins explorés de la planète, les premières traces de la domination de l’homme sur cette nature sont visibles. En effet, les chercheurs d’or pénètrent de plus en plus loin dans la forêt amazonienne et agissent sur elle. Progressivement, ce sont des hectares complets de forêt qui disparaissent, emportés par les pompes à terre des orpailleurs.
Je souhaite photographier les gestes quotidiens de l’Homme agissant au milieu de l’immensité de la nature, en montrant le décalage entre la taille des machines et des Hommes et l’exubérance de la nature est progressivement détruite.
Les photos seront prises avec un objectif grand angle permettant d’accentuer la présence de la végétation entourant le sujet photographié en jouant sur les perspectives. Une profondeur de champs maximum sera utilisée afin de donner autant d’importance aux deux éléments composants l’image: l’individu et la nature.

Troisième Facette: Une nature inexplorée depuis pus d’un siècle

Le style littéraire de Crevaux se modifie au fur et à mesure qu’il s’éloigne des dernières terres habitées. Sur la durée du trek allant de la source du Maroni au Jary, ses écrits deviennent progressivement plus oniriques, contemplatifs. Il quitte inconsciemment le domaine de la science et se laisse emporter par ses émotions.
Nous allons traverser une forêt qui – a priori- n’a jamais été réexplorée par l’Homme depuis cette époque. Nous ne savons pas encore ce qu’elle nous cache d’inconnu. Je souhaite révéler ce monde onirique, fantastique en photographiant de près les éléments qui le compose: l’eau omniprésente de la brume du matin à l’orage du soir en passant par le fleuve et les rivières; la terre rouge; l’enchevêtrement d’arbres et de plantes et, bien évidemment, la faune et la flore qui l’habite.

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